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04.04.2008

Le Liban, meilleur élève que la France pour ses universités

En tant qu'étudiant libanais de passage dans le système universitaire français, je suis bien placé pour dresser une petite étude comparative des deux systèmes de formation supérieure. Qu'est ce qui vous frappera le plus la première fois que vous pénétrerez dans une université française (fac ou grande école) ? L'état de délabrement des locaux.
Tout est financé par les autorités publiques, et résultat : notre salle de cours principale en classe préparatoires ressemble à un refuge pour alchimistes moyennageux, où l'usage de la craie blanche et du tableau noir est encore de rigueur, où les chaises sont branlantes, et les tables faites de morceaux informes de bois agencés, mais plus grave, où les professeurs arrivent mal vêtus et mal rasés, sortant de la bouche de métro d'à côté, leur donnant l'apparence de SDF tirés de leur sommeil. 
Le pire, c'est que tout cela se passe dans les quartiers chics de la capitale.

A côté de ça,  les campus à l'américaine ont poussé comme des champignons au Liban ces vingt dernières années. Ces universités s'auto-financent bien sûr, mais reçoivent aussi de nombreuses subventions de groupes de Libanais implantés à l'étrangers. Au final, le dynamisme libanais a permis la construction de locaux "propres", rendant possible une certaine efficacité des étudiants Libanais, mais aussi étrangers.

Parce que, oui, les universités libanais attirent : la qualité des formations a poussé de très nombreux étudiants internationaux à passer les concours libanais. Les universités libanaises comptent jusqu'à 20% d'étrangers dans leurs rangs (provenant du Moyen-Orient, d'Asie Centrale, d'Europe, d'Australie ...), alors que cette proportion est beaucoup plus faible dans les universités françaises. De même, l'aura des françaises est limité : une très grande partie des étudiants étrangers sont en réalité d'origine marocaine ...

24.02.2008

Laïcité au Liban en progression, laïcité en France en perdition ....

Sarkozy, ah la la ce sarkozy ! Personnage extrêmement sympathique, un tempérament de feu, un Joe Dalton, un Iznogoud, avec juste ce qu'il faut de libéralisme pour sauver la France des catastrophiques réformes socialistes. Mais des fois, ses sautes d'humeur font des dommages collatéraux ; dernière victime en date : la laïcité à la française. En France, si la religion dominante reste le catholicisme (51 % des Français se disent catholiques), l'athéisme occupe une place de choix dans le paysage confessionnel français. Alors, vous imaginez le tollé provoqué quand le président d'une république laïque affirme que chaque personne a besoin de croire pour réussir dans la vie.

Déjà, je ne sais pas trop si lui-même croit en quelque chose de précis. D'un côté, il tente de séduire les chrétiens nostalgiques de cette "France, fille aînée de l'Eglise", en rappelant à quel point il est important de valoriser les racines chrétiennes de la France ; d'un autre côté, il participe à un dîner du CRIF (accessoirement, il a été le premier président français à accepeter une invitation du Conseil Représentatif des Institutions juives de France), où il cherche à séduire certains juifs, en proposant que chaque élève de CM2 revive la souffrance vécue par un enfant victime de la Shoah. Vous vous demandez pourquoi je dis "certains" : parce que je reste convaincu que le CRIF est un comité très modéré (d'ailleurs, Simone WEIL s'est distinguée par des critiques acerbes contre ce dernier projet), qui n'a rien à voir avec le lobby américain pro-israélien. En effet, il poursuit honorablement sa mission de lutte contre l'antisémitisme, sans prendre (à ma connaissance) de position violente dans le conflit proche-oriental.

Bref, on a l'impression que le petit Nicolas ne sait plus qui, entre les chrétiens et les juifs, caresser dans le sens du poil, et qu'il est lui-même perdu dans ses racines chrétiennes et juives (son père était catholique, mais suite à des difficultés familiales, il a longtemps vécu avec son grand-père maternel juif, Benedict Mallah). Logiquement, une diversité confessionnelle de ce type dans une famille devrait produire des enfants ardents défenseurs de la laïcité, donc de la non-primauté d'une religion sur une autre ...

Alors, que Sarko prenne le temps de choisir sa religion (un type marié trois fois ne risque pas d'être accepté par l'une ou l'autre de ces deux confessions), mais qu'il ne choisisse pas pour la France, car la France restera laïque !

Au Liban, en examinant l'hisoire politique de ces dernières décennies (comme je le disais dans un commentaire), j'ai plutôt l'impression que c'est la laïcité qui est en progression. L'assassinat de Hariri a permis de créer deux groupes politiques multi-confessionnels. Il est vrai que le nombre d'écoles laïques au Liban reste profondément insuffisant, que les divisions géographiques confessionnelles sont encore d'actualité, mais des Libanais de religions différentes ont fait le choix d'adhérer à des idées politiques communes. Il ne s'agit plus, comme autrefois, de savoir comment répartir le pouvoir politique entre chiites, sunnites, maronites (...), mais plutôt de savoir quelle stratégie adopter face à l'agressivité israélienne et aux nuisances syriennes, face à la question des armes du Hezbollah, face à la présence des Palestiniens ...

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21.02.2008

Le Liban se reconstruit à Paris

Je ne suis peut-être plus le mieux placé pour parler de la présence libanaise à Paris. En effet, j'ai fini l'année dernière mes études en classes préparatoires à Paris, et je me retrouve aujourd'hui dans une grande école d'ingénieurs parisienne disposant d'un campus à Nice ! Là, j'avoue que j'ai été très fort (j'aime m'auto-complimenter) : pouvoir obtenir le diplôme d'un grand établissement parisien, et bronzer toute ma scolarité sous le soleil azuréen (qui n'est pas sans rappeler le soleil libanais). Mais bon, je crois que la situation des Libanais à Paris n'a pas énormément changé en quelques mois ...

Bref, Paris peut certainement compter comme l'une des plus grandes villes libanaises de la planète. Les estimations généralement trouvées dans la presse font état de 100 000 (à 300 000) Libanais vivant en France, dont la plupart en Ile de France (et donc à Paris). Je crois que ces chiffres doivent être revus à la hausse, suite à l'installation de nombreux Libanais à la fin de la guerre de 2006. (Pour les résidents parisiens : amusez-vous, lors d'une promenade dans le jardin du Luxembourg, à compter le nombre de personnes parlant libanais : vous serez stupéfaits !)

Une forte présence libanaise est à constater dans le cinquième arrondissement de la capitale. Pour les lecteurs de ce blog qui ne connaissent pas trop Paris, le cinquième compte parmi les arrondissements assez chics (le top du top chez les bourgeois et les aristos étant le seizième, le septième, ou le huitième, où les Libanais sont aussi assez nombreux). Il s'agit en outre d'un arrondissement vivant et sympathique, avec de nombreux établissements supérieurs, des rues très animées, une forte présence de touristes, et une forte concentration de monuments historiques (Panthéon, place de la Sorbonne ...). Les Libanais, qui s'y sont installés ces dernières décennies, ont ainsi établi un foyer d'étudiants sur la rue d'Ulm (rue renommée pour la présence de la prestigieuse Ecole Normale Supérieure), qui accueille une soixantaine d'étudiants, Libanais, mais aussi Français (qui viennent de province pour étudier à Paris) et étrangers.
A côté de ce foyer (qui est devenu très selectif, autant pour les Libanais que pour les non-Libanais, vu le prestige de l'adresse), on peut trouver une très jolie petite église maronite, où les Libanais Maronites se précipitent le dimanche matin. Après la messe, ces bonnes gens s'en vont généralement déjeuner en famille, et entre Libanais, au restaurant du foyer (qui sort les grandes tables et prépare des mezzés chaque dimanche midi).

On ne peut plus compter les restaurants libanais dans le cinquième. Vous en trouverz tous les cinq mètres (plus particulièrement, la rue Saint-Jacques et la rue Mouffetard en regorgent) ! Mais il s'agit en général de sandwicheries (ou chawarmaries) pour les étudiants et employés de bureau en pause-déjeuner.
Si vous voulez vous frotter à la cuisine libanaise select, autant aller dans les restaurants de la chaîne Noura, dont le très célèbre pavillon Noura de l'avenue Marceau, dans le 16ème, pas loin d'ailleurs de l'ambassade libanaise.

J'invite ceux qui ont la chance, ou qui ont eu la chance, de vivre dans une autre "ville libanaise du monde", à faire part (même très brièvement) de leurs expériences. S'il y a des Parisiens qui s'offusquent de voir tel ou tel lieu libanais à Paris non évoqué, qu'ils s'empressent de se jeter sur leur clavier pour commenter ;-)

 

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20.02.2008

Si, si, le Liban est un pays démocratique !!

Bien, donc suite au défilé très officiel (et très enthousiasmant) des blogueurs et internautes amis (on sent qu'on a vraiment affaire à des Libanais, ou au moins à des personnes rompues aux us et coutumes du pays du Cèdre :-D ), un petit post sur l'état de la démocratie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ne fera pas de mal ...

Avant de parler démocratie, il faut peut-être voir ce qui se pratique d'autre dans la région ; tous les pays de la zone MENA (à part Israël et le Liban, qui aura droit à son paragraphe) vivent encore sous un régime autoritaire. Mais une distinction s'impose : aux monarchies absolues et refermées sur elles-mêmes (Arabie Saoudite par exemple), s'opposent des "dictatures éclairées". Des pays du Maghreb (Tunisie, Maroc) et les Emirats en sont des exemples-types.
Il y a certes peu de liberté d'expression ou d'opposition au régime en cours, mais une grande ouverture économique, avec un accueil très favorable aux investissements économiques étrangers. Cette ouverture est facilitée par la proximité de l'Europe de l'Ouest (avide de nouveaux marchés) pour les pays du Maghreb, et par les grandes ambitions des émirs des EAU.
Je crois, qu'un jour ou l'autre, ces pays deviendront des démocraties. Je pense en effet que les valeurs démocratiques sont universelles, pourvu que les nations concernées aient un niveau d'éducation suffisant, afin que chaque personne ait envie d'afficher son épanouissement dans une expression libre. Or, justement, dans ces pays réellement "émergents" de la zone MENA, le niveau d'éducation augmente d'année en année, boosté par un développement économique à la santé éclatante.
Par contre, imposer un régime démocratique à un pays qui "désire" vivre sous la coupe d'un dictateur (je pense à l'Irak, vous l'aurez compris), c'est pas bien (Bush, si tu me lis...) : les Irakiens ne se sentaient peut-être pas encore assez confiants pour prendre en main leur nation, et se satisfaisaient d'un Saddam Hussein grantissant une certaine stabilité au pays.

Venons-en au cas du Liban (je vous voyais frémir d'impatience !!). Je veux développer une opinion, certainement sujette à polémique, mais un peu plus optimiste sur l'état politique du Liban (malgré l'absence d'un président, malgré les nombreux troubles sécuritaires, malgré le confessionalisme...)

C'est comme même le pays qui a le taux d'alphabétisation le plus élevé de la région (84% selon un rapport de 2005 des Nations Unies), sans prendre en compte le niveau d'éducation, souvent impeccable, des nombreux Libanais de la diaspora ; la densité de quotidiens, de magazines, et de partis politiques (par rapport au nombre d'habitants) est impressionante. La liberté d'expression est réelle : une récente affaire, où la censure voulait interdire la représentation d'une pièce, sous prétexte qu'elle pouvait choquer certaines sensibilités politiques, n'a pas fait long feu, et la représentation a été autorisée. Tarek Mitri désirerait par ailleurs que la censure n'agisse que s'il y avait des critiques virulentes du public après la sortie d'une oeuvre (et donc permettre à toutes les oeuvres d'avoir une chance sur le marché libanais). En outre, il suffit de constater à quel point chaque Libanais tient à sa liberté d'opinion en prenant position sur l'échiquier politique. Je crois que cela suffit à affirmer que, malgré tout, le Liban reste un havre démocratique dans la région.

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19.02.2008

Vous avez dit Liban, paradis et chaos ?

Liban, Lebanon, Libano, Lebnene !

Forcément, pour un Libanais vivant en diaspora, l'image du pays est critallisée dans ses plus beaux aspects. On dit souvent, par ailleurs, qu'un Libanais vivant au Liban n'a qu'un souhait, celui de construire sa vie à l'étranger, et que le Libanais émigré ne pense qu'à y retourner.

Je ne vais pas emmerder tout le monde dans ce post inaugural (qui vaut bien l'ouverture d'une bouteille de champagne, hein ??!!), avec les évènements intérieurs, mais bon, ya de quoi s'inquiéter !! Des affrontements quotidiens, 15 blessés dans des heurts Amal-Courant du Futur, un Palestinien tué hier dans un camp au Liban, personne n'a l'air d'y voir quelque chose, mais moi, je panique déjà : tout ça ressemble trop à une guerre civile !

 Yalla, c'est rien, diront les Libanais, qui ont connu pire : c'est se voiler la face en permanence, et accepter la marche lente, mais certaine, du pays vers le chaos !

Le salut pourrait peut être venir de la diaspora, moins affectée par ces évènements intérieurs, mais ayant certainement plus de recul pour se forger une réflexion plus claire, et pour faire des choix plus adaptés.

 

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